Vous êtes un président de radio comblé. La région vient enfin de transformer sa reconnaissance pour votre travail de terrain en une subvention conséquente, qui vous permettra d’engager ce journaliste professionnel qui vous fait tant défaut. Soucis, il lui faut du matériel de reportage. La région a été bien claire. S’il ne vient pas couvrir les différentes assemblées et réunions générales, hop ! Pfiout ! Adios la subvention ! Sauf que si vous êtes un crack pour faire tourner une équipe qui ne peut pas se piffrer, quand il s’agit de matériel ça n’est plus pareil. Matériel, subvention, embauche, déplacements, rendez-vous, journal, journaliste, aaaaaaaaah ! Vous craquez et vous vous demandez si…

« C’était mieux avant ? » – Anonyme –Bandes magnétiques rares

Non ? Sérieusement ? Qui a dit ça ? Le chevelu qui gratte sa guitare au fond de la salle ? Frappez-le de ma part s’il vous plait ! Oh et aussi, dîtes-lui que j’aime beaucoup son dernier morceau. Une fois pour toutes, non ! Ce n’était pas mieux avant ! Sinon, on serait resté comme c’était. Sans rentrer dans des considérations subjectives sur la chaleur du son analogique comparé au numérique, je vous propose de nous concentrer directement sur les deux critères essentiels de votre matériel de reportage : efficace et pas cher. Et pour ça, la bande magnétique, qu’elle soit cassette ou autre chose, elle peut aller se rhabiller. Efficace, parce que vous êtes un professionnel et pas cher, parce que si vous êtes ici, c’est que vous faites partie d’une radio régionale ou locale et que vous ne disposez donc même pas du budget café/coca de Radio France. Alors, allez, allons-y.

L’enregistreur numérique dédié

C’est le réflexe de base : acheter un enregistreur dédié. Un appareil = une fonction. J’aime beaucoup cette idée, mais dans ce cas, je pense qu’il faut aller au bout de sa démarche et trouver le meilleur compromis entre l’appareil basique, limite hors propos et celui bardé de gadgets que vous n’utiliserez jamais. Sony avait inventé un truc sympa, que je vois encore trainer dans certaines radios locales : le MiniDisc. Alors, oui, à l’époque c’était sympa. Disons, rigolo. Produire un appareil avec un support qui cumule les problèmes de l’analogique (transfert en temps réel des sons enregistrés) et du numérique (format audio compressé), bonne idée Sony. Sérieusement, j’ai beaucoup aimé ce support, il a dépanné pas mal de monde en étant plus fiable que la cassette audio, mais, je le dis aux radios qui l’utilisent encore, il faut le débrancher maintenant. Au revoir, fier pionnier du numérique ! Tu garderas à jamais une place dans nos cœurs.

A-t-on vraiment besoin de 4 micros stéréo, du son quadHD et du Dolby 360 ?

Après avoir testé pas mal d’appareils sur le terrain, j’ai pu, dans un premier temps, faire un constat assez simple : fuyez ! Fuyez comme la peste les dictaphones ! Engins du démon qui vous couteront un bras et seront complètement aux fraises quand il s’agira d’avoir un rendu propre. Mon choix s’est donc arrêté sur le Zoom H1. C’est le premier prix — environ 90 € — des enregistreurs portables de chez Zoom et en concurrence directe avec le Tascam DR–05. J’utilise les deux appareils et si le Tascam fait plus costaud et plus sérieux de prime abord, plus valorisant donc, je préfère le Zoom, qui a pour lui une ergonomie simple et efficace. Bon sang ! Le nombre de fois où j’ai pesté contre le bouton REC du Tascam, placé en haut et à droite, quand on appuie naturellement au milieu. Dans le feu de l’action, ça ne pardonne pas. S’il s’agit d’équiper vos journalistes d’appareils de reportages, le Zoom fera parfaitement l’affaire. En plus de l’ergonomie, son autre gros avantage, c’est que depuis la dernière mise à jour, il est possible de l’utiliser comme carte son externe, que ça soit sur un PC, un iPad, iPhone, téléphone ou tablette sous Android et le tout sans installer quoi que ce soit. Oui, vous pouvez monter un studio mobile avec une de ces bécanes et un Zoom H1 branché dessus, mais ça c’est une autre histoire, que nous évoquerons dans un autre article. Je sais ! Et les petits chatouilleux du fond l’auront sans doute déjà remarqué, je n’ai pas encore parlé de la qualité du son. C’est vrai. Deux mots là-dessus : les deux appareils offrent, dans le cadre d’un reportage ou d’une interview, peu ou prou les mêmes qualités. Non, vous ne pourrez pas jouer à John Travolta dans Blow Out de Brian de Palma avec ces deux enregistreurs, mais oui, en y ajoutant un micro qui va bien, vous pourrez tout à fait faire votre Guillaume Meurice pour votre prochain reportage contre la démolition du jardin en biodynamique de M. Glackenstein.

C’est important le micro ?

Un peu que c’est important ! Les deux micros branchés sur le Zoom et qui vous permettent d’enregistrer en stéréo sont déjà très chouettes. En y ajoutant une bonnette, comme celle présente dans ce kit, vous pourrez réaliser une bonne partie de vos interviews. Sauf que, pour faire court, les micros de ce type sont très sensibles et, s’ils peuvent enregistrer la conversation secrète entre ce député et son directeur de campagne situés à quelques mètres de vous, ils peuvent aussi enregistrer « l’ambiance » de la pièce et vite donner un effet « Enregistré dans les toilettes » à votre son. Sans parler de la pluie, des objets qui tombent, des « Hé Roger ! Tu peux apporter la clé de douze ? », lancés derrière vous. Bref, à moins d’être dans un studio, ça n’est pas tous les jours confort. L’idéal étant de lui ajouter un micro dynamique, beaucoup moins sensible et plus directionnel, qui vous permettra d’avoir une base de son plus propre et donc rattrapable en cas de soucis externes. C’est là que je suis assez content de mon coup. Comme tout le monde, j’ai utilisé le SM58. OK. Je l’ai rangé. Si c’est pour utiliser un SM58, je vous le dis tout de suite, foncez vers le Prodipe TT1 Pro à 39 € ou même le pack de 3 à 79 €. Shure joue beaucoup sur le côté mythique du SM58 pour nous en vendre des wagons à un prix de dingue. Ce micro n’est pas plus solide que les autres, n’a pas un meilleur son, ne résiste pas mieux au larsen, etc. Après si vous aimez l’effet « voix nasillarde », là oui, il peut s’avérer utile. Si vous souhaitez vous rabattre vers une marque sans casser le PEL, je vous invite à orienter votre choix vers le AKG D5. Un son chaud, une résistance au larsen bien plus efficace que le SM58, ne reprend pas que ce qui se passe devant lui, ce micro, bien que discret, est vraiment LA bonne surprise, que ce soit pour de la prise de voix parlée ou chantée. Ne reste plus qu’à vous procurer le câble xlr/mini-jack qui va bien et une carte microsd compatible (voir la liste ici) et vous voilà équipé comme il faut et pour moins de 200 € !

Et si on veut utiliser son smartphone ?

Excellente remarque ! Et je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite de ce dossier, dans laquelle nous aborderons le sujet du Smartphone et de tout ce qui en découle, parce que n’oubliez pas :

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » – Oncle Ben, Orlando, 3 juillet 1987 –